BANGKOK : บ้านบาตร

Mis à jour : 22 oct. 2018

Dans une petite ruelle perdue au fin fond de Bangkok, capitale de la Thaïlande,

se trouve «la communauté des bols»: Baan Baat (บ้านบาตร).

Cette allée bruyante et ordurière à première vue, n’est pas très attirante; mais une fois que l’on apprend ce qu’elle représente ainsi que son histoire ancienne, il est difficile de ne pas tomber sous son charme.


Qu’est-ce qu’un baat (บาตร) ?

Chaque matin, dans plusieurs pays de l’Asie du sud-est, les moines partent demander l’aumône et reçoivent des offrandes. La Thaïlande ne fait pas exception à cette règle! Un baat est donc le bol que porte un moine bouddhiste lorsqu’il reçoit des offrandes.

Nous pouvons trouver des baat qui datent d'une centaine d'années. Ils ont en effet une durée de vie d'environ 40 ans, à condition que nous les renvoyons à Baan Baat pour les faire réparer, dès qu'ils commencent à s'user. C'est aussi pour cela qu'un moine ne possède qu’un seul bol à la fois.

Des bols fabriqués à Baan Baat

Baan Baat (บ้านบาตร)

Baan Baat est une communauté d’artisans, fabricants de baat.

Ces derniers produisent les bols pour la plupart des temples en Thaïlande, ce sont d'ailleurs les derniers à en fabriquer traditionnellement. Chaque mois, une quarantaine de bols sont vendus. La clientèle est composée principalement de moines des régions d’Issaan, d’Udon, de Nong Phaï… En effet, très peu de temples de Bangkok achètent leurs baat, ils préfèrent dépenser moins et s’acheter ceux qui sont fabriqués industriellement.

à gauche: soi Baan Baat ( « soi » signifie rue en thaïlandais )

à droite: des baat en route vers leurs nouveaux propriétaires

Comment fabrique-t-on un baat ?

Le processus de sa fabrication est intéressant: d’abord, on forme les baat à partir de huits morceaux d’acier — représentant le huitième chemin du Bouddhisme. Les joints sont ensuite fusionnés avec du fil de cuivre fondu. Finalement, on applique successivement des couches de vernis. Il faut deux jours pleins et huit artisans spécialisés pour fabriquer un seul baat. Généralement, les moines préfèrent les bols de six ou sept pouces, mais il existe aussi ceux qui vont de trois à douze pouces. Tous uniques, ils peuvent être en bronze, et d’autres, moins chers, en acier inoxydable.

Manilat Napparat



Être artisan, une tradition familiale

«Ma famille pratique ce métier depuis quatre générations», nous dit Manilat Napparat, une fabricante de baat à Baan Baat. Dans une famille d’artisans comme celle-ci, c'est souvent la mère qui apprend aux enfants dès l’âge de douze ans, comment un bol est forgé.

Une artisane transmet la tradition à son fils.


Un artisan de Baan Baat travaille de dix heures du matin à dix-huit heures tous les jours, et sont les seuls fabricants de baat traditionnels du pays. Cette singularité leur confère un certain prestige et une importance à l'égard du patrimoine culturel thaïlandais. Manilat nous raconte qu'en exerçant ce métier, elle ressent non seulement davantage son appartenance à sa famille, mais aussi la fierté de transmettre l’héritage religieux et historique des baat.


En voie de disparition

Établi pendant la période Rattanakosin de la Thaïlande (XVIIIe siècle) par le roi Rama I, Baan Baat était un des quartiers pratiquant cette activité artisanale. Au fil du temps, la fabrication traditionnelle des baat ne se trouve que dans une allée et ne concerne plus que quelques familles.


Cela préoccupe les artisans: peuvent-ils assurer la pérennité de leur communauté?

Selon Manilat Napparat, même si l’argent n’est pas une raison pour laquelle ces artisans pratique ce métier, il faut garder à l'esprit que lorsqu’un bol est fabriqué, on doit pouvoir le vendre. Tant qu’il y a une demande pour des baat authentiques, cette tradition continuera à exister. Cela dit, si cette demande diminue, la communauté disparaîtra et nous n'aurions plus qu'un ou deux artisans de baat traditionnels.

Leur métier est de transmettre ce patrimoine culturel; et nous, que pouvons-nous faire?

Je vous invite, chers lecteurs, à vous engager pour sauver cette communauté qui bientôt cessera d'exister. Parlez-en à vos proches, vos amis, ou mêmes vos professeurs. Si vous visitez la Thaïlande, ou si vous y habitez, venez dire bonjour à Manilat dans son atelier à Baan Baat... Et pourquoi pas choisir un bol unique au monde pour vous? Ne laissons pas cette tradition disparaître!

- Salomé Lambert


Toutes les photos ont été prises par Salomé Lambert

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Design logo 

Philomène Martinez

Graphisme / Illustrations 

Marianne Tran, 17 ans

Taipei (Taiwan)

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